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Je m’ennuie de manger de la viande
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Je m’ennuie de manger de la viande

Photo: Twenty20

Je ne suis pas devenu végane parce que je n’aimais pas la viande. Au contraire. J’étais un grand consommateur de viande. J’en mangeais tous les jours. Parfois deux fois par jour. J’aimais le goût, l’odeur, les textures. J’aimais les événements autour desquels on se réunissait. J’aimais tout de la culture autour de la viande.

Non, ce n’est pas pour ça que j’ai décidé d’arrêter d’en manger. Ce n’est pas non plus parce que j’étais en mauvaise santé. Ce n’est pas par recommandation d’un ou d’une spécialiste de la santé. Ni pour des raisons monétaires.

Lorsque je marche dans la rue et que je sens l’odeur d’un BBQ en été, ou encore l’odeur d’un feu de bois qui me ramène à une fondue chinoise en hiver, mes souvenirs me ramènent à des moments extrêmement heureux. La force de la mémoire olfactive est réellement fascinante, et ces souvenirs resteront longtemps avec moi.

Par contre, aujourd’hui, l’appel de mes sens ne réussit pas à ébranler ma logique. J’ai toujours été extrêmement cartésien, et j’ai, toute ma vie, réussi à penser plus largement qu’avec mes émotions immédiates.

L’envie de manger un steak, c’est une chose. Le steak, ça en est une autre.

En réfléchissant quelques minutes, le cheminement intellectuel est plutôt simple. Ce steak qui cuit et qui sent si bon représente 15 000 litres d’eau, 24 livres de grains et 70 livres de moulée, sans compter l’espace nécessaire pour produire toutes ces ressources gaspillées (70 % de la production agricole mondiale est destinée à nourrir les animaux que l’on mange) en plus de l’émission de GES (14 % de l’émission mondiale).

C’est déjà très convaincant pour combattre mon odorat. Par contre, il ne s’agit pas de l’argument le plus convaincant.

Allez passer quelques minutes dans un refuge ou dans une ferme d’élevage, puis regardez dans les yeux des animaux. Dans les yeux des bovins. Lorsque Jessie m’a guidé au Refuge Safe, j’ai pu passer beaucoup de temps avec une vache très aimable. Elle s’approchait de moi et se laissait caresser en étant très affectueuse. Elle aimait la présence des humains et nous regardait gentiment. Cette vache était destinée à l’élevage. Cette vache que je flattais, dans un monde parallèle, aurait cuit sur le gril, ou dans un bouillon, émanant des effluves à faire saliver.

Ce concept me perturbe au plus haut point. Il est aujourd’hui prouvé que les animaux d’élevage sont tout aussi aptes à ressentir les émotions que les animaux de compagnie. Ils ressentent la peine, la douleur, l’abandon, mais surtout la joie.

Donc, quand je marche dans la rue et que je sens l’odeur d’un BBQ, oui, je m’ennuie de la viande. Mais cela ne dure que quelques instants, puis je retourne chez moi pour manger un burger de jackfruit effiloché avec une salade de chou crémeuse, et je me couche heureux de mon impact sur la planète.

-PH



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